Posidonie : Au delà de l’interdiction des mouillages, pourquoi ne pas légiférer sur les ancres ?

L’actualité maritime française du mois de Mai a été particulièrement intense avec l’annonce de la Préfecture Maritime de Méditerranée pour améliorer la sécurité de la navigation, de protéger nos frontières maritimes et surtout de protéger les espaces végétales en restreignant le mouillage sur toutes les côtes de la Méditerranée (Continent et Corse).

Une grande partie de la presse en a fait l’écho, et le 9ème symposium environnemental « La Belle Classe Superyachts » organisé le 28 mars 2019 à Monaco a longuement discuté de ce nouveau projet.

  • Lorsqu’un yacht de 50 mètres jette l’ancre dans un herbier de posidonies, la surface perdue est d’environ 1500 m2,
  • Les herbiers de posidonie ont, en une dizaine d’années, perdu plus de 100 hectares sur certains secteurs,
  • Les ancres labourent des dizaines de mètres de posidonie,
  • La posidonie, un patrimoine qu’on ne sait pas remplacer,
  • En une nuit de mouillage, un navire peut causer des blessures qui mettront plus d’un siècle à guérir,
  • Un herbier de posidonie a plus de valeurs qu’un récif corallien,
  • À la remontée de l’ancre, le fond est labouré.

Beaucoup de témoignages de professionnels, de scientifiques, de fonctionnaires, précisent l’urgence de la situation et justifie la nécessité d’encadrer au plus vite le mouillage des navires en Méditerranée pour protéger la Posidonie qui couvre à ce jour près de 33,5% des fonds marins en Provence Alpes Côte d’Azur.

C’est vrai, elle est l’une des rares plantes à fleurs à avoir colonisé le monde marin, et ces formations végétales sont âgées de plus de 100 000 ans, ce qui fait d’elles l’un des organismes vivants les plus vieux de la planète. Elle oxygène l’eau, stabilise les plages, elle est un puit de carbone et un refuge pour la faune marine, d’où la raison pour laquelle la loi la protège.

C’est vrai, les ancres et les chaînes laissent de grandes cicatrices sur les herbiers de posidonie. Elles s’enfoncent, arrachent les feuilles, les faisceaux, les racines sont mises à nues sous forme de blocs et les dégâts sont irréversibles à notre échelle de vie.

Certes, interdire l’ancrage dans les herbiers de posidonie est indispensable, indiscutable. Le contrôle des zones de mouillages ne doit pas cesser. Mais en étudiant le problème à sa racine, si l’ancre est la cause des dégâts, pourquoi ne pas légiférer dessus et interdire celles qui provoquent ces destructions ?

Outre des solutions en cours de discussion, comme les coffres et les corps-morts, des ancres à vis, ou du système développé par la société Perfect Mooring et testé en baie de Saint-Tropez qui consiste à fixer un amarrage en plusieurs points sur le fond relié à des bouées en surface, ce qui permet de réduire la surface occupée sur le fond, l’ancre pénétrant le sol verticalement.

Des ancres « posidophiles » ?

Il existe plusieurs types d’ancres qui correspondent à un type de mouillage :

  • L’ancre plate ou plateau pour les fonds sableux et vaseux,
  • L’ancre soc de charrue,
  • L’ancre à pelle concave,
  • L’ancre grappin,
  • L’ancre flottante,
  • L’ancre à bascule,
  • L’ancre à jas,
  • L’ancre champignon.

La plupart de ces ancres sont faites pour maintenir le navire sur son point d’ancrage tant qu’il respecte la longueur de chaîne préconisée pour mouiller (3 fois la hauteur d’eau, autant de longueur pouvant ravager 360 degrés autour de l’ancre).

Tant qu’il n’existe pas d’alternative économique au positionnement dynamique (système informatique de contrôle de cap et de position en utilisant ses propres moyens de propulsion) comme il peut exister sur certains yachts qui disposent de jets, agir sur les ancres restera une priorité.

Une ancre particulièrement intéressante a été inventée par Antoine CANU. Il a reçu le Prix de l’Engagement pour la Planète, la médaille d’or au concours de l’Innovation (organisé par l’Union Française des Inventeurs), et plusieurs organismes l’ont adopté pour équiper leurs embarcations comme le Parc National de Port-Cros, l’observatoire Marin de Cavalaire, la ville de Marseille, la Fondation Paul Ricard, les navires d’ECOGESTES et ECOMER.

Cette ancre est constituée d’un système qui verrouille et déverrouille les pattes pour qu’elles ne labourent plus les fonds marins. Lorsque l’ancre remonte, elle se déverrouille et libère ainsi les pattes qui se placent dans l’axe de la chaîne à la verticale sans arracher d’herbiers. Une vidéo explicative est à voir en cliquant ici.

S’il est avéré que ce type d’ancre ne détruit pas les fonds marins, pourquoi ne pas se pencher pour qu’elles deviennent obligatoires ? Pourquoi ne pas obliger les constructeurs (en échange d’un avantage fiscal par exemple) à équiper leurs navires d’ancres qui ne causent pas de dégât ?

Des idées ? Une réflexion particulière sur ce sujet ? N’hésitez pas à les poster en commentaires ci-dessous.

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