Piraterie : faut-il avoir une arme à bord ?

Opération Tanit, 10 avril 2009

Et surtout, en avons-nous le droit ? En Marine Marchande, l’aspect juridique de cette question est facilement abordable. Mais en navigation de plaisance, ou de yachting, est-ce envisageable, voir conseillé ?

Qu’il s’agisse de piraterie (délit ou crime avec intention ou capacité d’utiliser la force en haute mer) ou de brigandage maritime (dans les eaux territoriales), appeler la police lorsqu’on est en mer ou au mouillage est souvent inutile et une perte de temps face à ce genre d’actes rapides et violents, face auxquelles les victimes sont démunies.

Il n’est pas ici question d’inciter le lecteur à posséder une arme létale en prévention des risques maritimes, mais d’avoir une réflexion sur le fait de savoir s’il est souhaitable d’en avoir une, ou s’il n’est pas préférable d’user de ruse pour se défendre légitimement et autrement.

D’une part d’un point de vue administratif, d’autre part d’un point de vue pratique.

Arme à bord : méfiance et lourdeur administrative

1°) L’acquisition et la détention d’une arme à bord :

Une personne exposée à des risques exceptionnels d’atteinte à sa vie peut exceptionnellement, sous conditions et sur demande, être autorisée par le ministre de l’intérieur à porter une arme de poing, ainsi que 50 cartouches maximum pour une durée d’un an.

Les autorisations de port d’arme ne sont quasiment jamais accordées aux particuliers, car l’État est le seul à bénéficier sur son territoire du monopole de la violence physique légitime. Rappelons par ailleurs qu’un navire battant le pavillon d’un État est lui-même (et juridiquement) une extension de cet État.
Un ressortissant particulier ne se verra donc jamais accorder ce genre d’autorisation, même au titre de « défense », accordées (selon la situation) aux professionnels menacés par leur environnement comme les bijoutiers, les banques, les personnels accrédités des corps diplomatique et consulaire, une ambassade.

En France, la seule solution légale est d’avoir un permis de chasse ou une licence sportive, qui ne permet d’utiliser des armes spécifiques exclusivement dans le cadre des activités pour lesquelles ces autorisations sont délivrées (la chasse ou le sport).
Par ailleurs, ces armes ne peuvent être librement stockées ou déplacées. Elles doivent être gardées dans un coffre-fort au domicile du propriétaire titulaire de l’autorisation, et leur transport ne doit se faire qu’entre le domicile et le stand de tir ou le lieu de chasse, être désactivées, avec un justificatif de compétition ou d’inscription à celle-ci.

2°) La détention d’une arme à bord d’un navire :

Selon la Douane et les témoignages de plaisanciers sur le site internet Sail The World, la Douane n’émet pas d’objection pour considérer le navire comme une résidence secondaire pour y entreposer des armes légalement détenues et respectant les conditions de stockage. Les préfectures et l’Union Française des amateurs d’Armes indiquent en effet sur leurs sites une tolérance pour la possession et l’entreposage d’arme de poing légale dans une résidence secondaire.

3°) Les relations avec les autorités des pays visités :

Il faut noter que le port et le transport d’une arme sont soumis à un régime qui dépend du classement de cette arme. Par ailleurs, l’acquisition, la détention et l’autorisation de port d’armes ne relèvent pas du domaine des relations internationales. Ces questions sont du seul ressort des autorités du pays accréditaire. Par conséquent, vu que chaque pays dispose d’une législation propre en la matière, il sera nécessaire de se renseigner auprès du bureau des douanes avant ou dès l’arrivée dans un port. Tant qu’un document officiel du pays dont le navire bat le pavillon atteste la légalité de la détention d’arme, les démarches administratives du pays d’accueil seront moins délicates.

À l’arrivée dans un port d’un pays étranger, il est obligatoire de déclarer les armes que l’on a en sa possession. Cependant, déclarer ses armes, selon le pays, c’est les remettre aux autorités, avoir toutes les peines du monde pour les récupérer, et quitter immédiatement le territoire une fois les armes remises au propriétaire. D’autres pays remettront un permis de transit ou un « passeport » permettant à l’arme d’être transportée dans le navire (à bord d’un coffre scellé) le temps qu’il reste dans les eaux territoriales de l’État d’accueil.
Sans déclaration auprès des autorités ni de titre légal de propriété, le propriétaire peut être poursuivi pénalement, pour importation ou détention d’arme(s) illégale(s).

En conclusion, détenir une arme à bord et parcourir les mers du globe peut s’avérer bien plus compliqué qu’il n’y paraît. Le jeu n’en vaut peut-être pas la chandelle, car si l’on souhaite voyager avec une arme de poing dans le seul but de se protéger des pirates, des brigands, de crimes ou de délits en mer et sur son navire, des armes par destination peuvent être tout aussi utiles.

Arme à bord : des armes par destination, plus pratiques pour se défendre

De nombreux navigateurs, explorateurs ou plaisanciers ont retranscrit dans leur livre de bord les péripéties qu’ils ont pu vivre en mer ou au mouillage face à des individus peu scrupuleux.

En étant imaginatif, il n’est pas nécessaire de posséder des armes de poing à bord de son navire pour se défendre. Placer des pièges peut être tout aussi efficace. L’exemple le plus parlant se trouve dans le journal de bord de Joshua Slocum qu’il a publié dans le livre intitulé « Seul autour du monde sur un voilier de 11 mètres » :

Dans son livre, au chapitre VIII, Slocum se trouve non-loin du Détroit de Magellan. Il rencontre un groupe d’indigènes de la Terre de Feu qui lui lancent des « yammerschooner« , une indication qu’ils veulent « lui faire la conversation ». Mis en garde contre les féroces renégats, surtout leur chef « Pedro le Noir », Slocum ne les laisse pas s’approcher du sloop. Il les éloigne en tirant un coup de feu devant leur pirogue. Pendant plusieurs jours, les indigènes continuent à lui tourner autour. Finalement, excédé et ayant besoin de dormir, Slocum élabore un système ingénieux pour l’avertir de l’approche des intrus : il éparpille sur le pont des clous à tapis, la pointe vers le haut, sachant que personne ne peut marcher sur un clou sans émettre au moins un couinement. Quand, vers minuit, les harceleurs montent à bord… un concert s’élève :

« C’est un fait bien reconnu qu’on ne peut pas marcher sur la pointe d’un clou sans dire quelque chose. Un bon chrétien pousse toujours un cri si son pied se pose sur une semence de tapissier, mais un sauvage, lui, poussera des hurlements déchirants en gesticulant comme un possédé. Et c’est précisément ce qui arrivera cette nuit là.
[…]
Je n’avais réellement pas besoin de chien : ils hurlaient tous comme une meute de chiens courants… Je n’eus pas à me servir de mon fusil. Ils sautèrent pêle-mêle soit dans leurs pirogues, soit dans l’eau pour se rafraichir, je suppose, et ils accompagnèrent leur départ de vociférations prolongées.« 

Qui pourra reprocher à qui que ce soit de tapisser le pont de son navire de clous pour empêcher les visites indésirables ? Strictement personne.

Dans cet esprit, utiliser des « armes » par destination se révèle être bien plus intelligent pour détecter et mettre en fuite des individus qui ne sont pas désirés à bord.

En ce qui concerne l’agression au large, autant ne pas se leurrer : il n’y a aucune échappatoire face à des agresseurs qui ont des armes de guerre. C’est au mouillage où les agressions sont plus fréquentables mais évitables avec de bonnes astuces et alternatives.
Par exemple, hormis les clous sur le pont, une alarme puissante et l’éclairage du navire dès qu’un voleur passe la porte est particulièrement dissuasif. Il sera surpris et fuira avec certitude.

Les marins et plaisanciers envisagent aussi d’utiliser le pistolet lance-fusées. Il n’est pas considéré comme une arme mais comme du matériel de sécurité. Il peut donc être utilisé comme une arme par destination en dernier recours, mais son utilisation doit faire l’objet d’une réflexion préalable.

Toujours sur le sujet des armes par destination, le harpon peut être tout aussi dissuasif mais d’une extrême dangerosité. Mieux vaut ne jamais avoir à l’utiliser.

Toute arme est dangereuse, seule la dissuasion est le moyen le plus efficace pour prévenir des agressions à bord. Autant mettre tout en oeuvre en amont pour éviter de se retrouver dans ce genre de situation : contourner une zone réputée dangereuse et s’éloigner des mouillages sensibles sont les meilleurs moyens d’éviter les intrusions indésirables pouvant vite dégénérer.

Si les plaisanciers traditionnels et chasseurs d’horizons sont habitués à ce genre de sujet, ce thème concerne aussi les loueurs occasionnels qui prévoient leurs croisières estivales dans des mers plus éloignés comme la Grèce, la Croatie, l’Espagne ou les Caraïbes.

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3 commentaires pour Piraterie : faut-il avoir une arme à bord ?

  1. FRAELT dit :

    Ne vaut-il pas mieux laisser faire et sauver sa peau ?

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  2. MALLET Philippe dit :

    Débat qui ne sera jamais tranché…en tant que navigateur, ancien militaire et spécialiste des armes de petit calibre (je me suis retrouvé 3 fois braqué par une arme à feu)…voici ma conclusion si ça peut vous éclairer : si quelqu’un vous menace avec une arme, et que vous sortez la vôtre…il est impossible de faire marche arrière ! Même bien entraîné votre cerveau tunnelise et passe en mode « reptilien »…ça sera de même pour votre agresseur…de fortes chances que ça finisse mal pour vous deux…ou vos proches. Il faut essayer au contraire de mettre votre agresseur en confiance et lui donner ce qu’il demande. Les mesures passives décrites par Sundance », alarmes, lumières etc…me paraissent une très bonne idée. Il reste cependant un cas extrême, lorsque vous sentirez que les assaillants n’en veulent pas à votre caisse de bord ou à votre caméra, mais qu’ils veulent…le bateau sans son équipage, ou bien lorsque leur état mental (drogue ou autre) va les entrainer à commettre l’irréparable (viol, meurtre..)..dans ce cas-là, je n’aimerais pas me retrouver comme l’agneau au 1er jour…une seule arme, un Revolver très compact, sans chien, 5 coups, porté sur vous ou dans une poche qui ne sera sorti que dans ce cas extrême, et non pour faire fuir les agresseurs ou les voleurs. Il ne peut tirer qu’à très courte portée et nécessite un bon entraînement. Sail Safe !

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  3. Didier Epars dit :

    Une recommandation des professionnel de la defense. Ne pas pendre une arme si l’on n’est pas profondément convaincu que l’on va s’en servir. Autrement elle va se retourner contre toi. Personnellement J’ai pas d’arme à bord. Mais j’ai un pistolet pour fusée de détresse. Un arme redoutable si vous tirez dans le bateau qui viens vous attaquer. Et 100% légal d’avoir cela à bord.

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