Pirates, entre romans et réalité

Les cheveux sales sous le tricorne, un bandeau sur l’œil, les dents noircies et une jambe de bois, telle est l’image du pirate ancrée dans l’imaginaire collectif. Mais qui étaient vraiment ces insoumis ? Plusieurs ouvrages tentent de percer le mystère.

« La guerre, le commerce et la piraterie forment une trinité inséparable », résumait Goethe. Ce fut effectivement ainsi depuis l’Antiquité. Dès qu’une civilisation entreprenait de créer une marine, des pirates apparaissaient dans son sillage. Les Phéniciens et Mycéniens eux-mêmes durent les affronter.
Mais qui étaient-ils vraiment ces hors-la-loi qui pillaient tous les navires qu’ils croisaient et tuaient tous ceux qui se trouvaient à leur bord pour subvenir à leur liberté ? Ces hommes, toujours prêts pour une trahison, saouls la plupart du temps et dont, pourtant, le caractère insoumis et la vie aventureuse apparaissent comme une ode à la liberté qui a inspiré des générations de romanciers ?

Daniel Defoe, auteur de l’un des premiers grands livres sur la piraterie
L’un des premiers écrivains à s’intéresser de près à ces pirates ne fut ni plus ni moins que l’auteur de « Robinson Crusoé ». Dans son livre « Histoire générale des plus fameux pirates » publié en 1726, Daniel Defoe a retracé les destins hors-norme de Barbe Noire, Jack Rachkam, Bartholomew Roberts, Henry Avery, et autres pirates et flibustiers ayant officié aux Caraïbes entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle. L’auteur anglais grava ainsi dans la mémoire collective ces figures ambigües, apportant les premiers détails sur leurs coutumes, révélant aussi leur psychologie, montrant le côté brutal de certains alors que d’autres, utopistes, tentaient d’inventer de nouveaux modèles de sociétés égalitaires. Cet ouvrage en lui-même a nourri des milliers de romans et films. Il est aujourd’hui toujours édité, en deux tomes (aux éditions Phébus).

L’autobiographie d’un flibustier du XVIIe siècle
Ainsi, Alexander-Olivier Exquemelin retranscrivit dans son livre « Histoire des aventuriers », publié pour la première fois en 1678, son parcours de grand flibustier français. Engagé en 1666 dans la Compagnie des Indes, puis esclave, il se mit ensuite volontairement en tant que chirurgien au service d’Henry Morgan, grand capitaine des Caraïbes à la fois flibustier, boucanier et corsaire (mandaté par les autorités pour attaquer en temps de guerre les navires marchands de l’État ennemi). Alexander-Olivier Exquemelin y dresse des portraits de pirates captivants. Il y relate la prise de vaisseaux, le siège de citadelles, les expéditions pour cacher les trésors mais aussi les viols, les tortures et l’alcoolisme. Le Français participa en 1697 au pillage de la ville Carthagène, dans le cadre de la guerre entre la France et l’Espagne, avant de disparaître sans laisser de trace, ni sur les mers ni dans les livres. Son œuvre première est rééditée sous le titre « Histoire de la flibuste » (éditions Ancre de marine).

Les rouages de la piraterie décortiqués
À l’opposé de l’histoire romancée, Jean-Pierre Moreau, dans son livre « Pirates au jour le jour » (éditions Tallandier) a lui tenté de répondre à plusieurs questions : que s’est-il passé à la fin du XVIIe et au début du XVIIIe siècle sur les routes maritimes du globe, des Antilles à Terre-Neuve, de l’océan Indien aux côtes du Pacifique ? Comment quelques milliers de marins rebelles ont-ils réussi à former une communauté autonome aillant failli mettre en péril le commerce maritime ? Pour comprendre les rouages de la piraterie, il a enlevé le voile de légende qui la recouvrait et ne s’est attaché qu’à la crue réalité du quotidien, mettant ainsi à jour leurs codes : le rôle du capitaine, les escales, les combats, les tortures, les tatouages, les drapeaux, leurs habitudes alimentaires et même leur vie sexuelle.

À la recherche de leurs trésors engloutis
Patrick Lizé, historien et spécialiste de l’archéologie sous-marine, et sa fille Emmanuelle, archéologue maritime, ont tenté eux de retrouver la trace des trésors volés qui ont coulé au fond des océans dans différentes parties du monde lors de batailles perdues. Pour la localisation de ces navires pirates engloutis, la fouille et le catalogage, ils ont collaboré avec de nombreux instituts et musées. De ces découvertes, ils ont fait un livre, « Naufrages de légende, les pirates » aux éditions du Trésor. Ils y retracent les parcours de Morgan, Kidd, Bowen, Bellamy, La Buse et autres pirates entrés dans la légende pour avoir perdu leur navire transportant un inestimable trésor.

Les femmes rebelles de la piraterie
Enfin, sur une note plus insolite, « Lady Pirate » de Mireille Calmel (XO éditions) romance l’histoire vraie de l’Anglaise Mary Read et l’Irlandaise Anne Bonny, qui s’embarquèrent au début du XVIIIe siècle sur des navires pirates, toutes deux déguisées en hommes. Ces deux femmes, habillées en garçon dès leur plus jeune âge par leurs parents pour des raisons financières pour Mary et de défaveur pour Anne, vécurent une histoire d’amour lorsqu’elles se rencontrèrent à New Providence aux Bahamas, attisant la jalousie de Jack Rackham, alors amant d’Anne Bonny. Elles vécurent plusieurs années comme un couple, s’habillant indifféremment en homme ou en femme. La légende raconte qu’avant de tuer un ennemi, elles leur dévoilaient leur sexe pour leur montrer qu’une femme pouvait se battre aussi bien qu’un homme. Un véritable coup de sabre dans l’univers machiste des pirates.

Via le Figaro Nautisme

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