Mieux comprendre: Paul Watson, capitaine de l’armée des ondes

Portrait: Le défenseur des animaux marins, partisan des méthodes musclées, est incarcéré depuis lundi en Allemagne en vertu d’un vieux conflit avec le Costa Rica.

Le capitaine reste aux fers. Depuis lundi, Paul Watson, le leader de la Sea Shepherd Conservation Society, qui se bat pour la vie marine, est emprisonné en Allemagne. Auditionné hier par un juge, il reste en prison en attendant une décision, qui doit tomber au plus tard demain. Il risque l’extradition vers le Costa Rica. Paul Watson a été arrêté, dimanche, à l’aéroport de Francfort, en Allemagne, alors qu’il se rendait en France pour la sortie de son livre (1). «Dans nos efforts pour défendre les baleines, les dauphins ou les requins, nous nous sommes fait des ennemis très puissants», a-t-il déclaré hier depuis sa prison. Il a reçu le soutien de Daniel Cohn-Bendit, José Bové, et même de sa vieille amie Brigitte Bardot. «Je conteste énergiquement le fait que cet homme courageux soit mis en prison pour une protection de requins en 2002», a-t-elle fait savoir.

Pêche illégale. En effet, l’arrestation du militant écologiste est l’aboutissement rocambolesque d’une affaire alambiquée. Le mandat d’arrêt délivré par le Costa Rica pour «violation de la circulation des navires» date d’octobre et concerne des faits qui datent de 2002. A l’époque, Paul Watson et son équipage participent au tournage d’un documentaire sur les squales, les Seigneurs de la mer. Invité par le Guatemala à constater les infractions concernant la pêche illégale de requins, Watson sillonne les eaux guatémaltèques et tombe sur le Varadero, un navire costaricain. Ses pêcheurs découpent les ailerons avant de rejeter les animaux mutilés à la mer. Cette opération, nommée finning, est illégale. Alors qu’ils sont escortés par le Sea Shepherd vers un port du Costa Rica pour être jugés, les hommes du Varadero appellent une canonnière du Guatemala, en prétextant que Watson et son équipage menacent de les tuer. Mais les images enregistrées pendant la confrontation attestent du contraire. Par deux fois, la cour de Puntarenas (Costa Rica) rejette la plainte des braconniers. Mais, un troisième juge décide qu’il faut emprisonner Watson en préventive, le temps de l’enquête. Il prend alors la fuite, les garde-côtes aux trousses. Depuis, aucune nouvelle, jusqu’à ce que surgisse ce mandat costaricain en octobre.

«Nous ne comprenons pas cette arrestation, explique Lamya Essemlali, présidente de la branche française de Sea Shepherd. Watson est récemment passé en France, en Espagne, en Grande-Bretagne… et personne n’a bougé alors que le mandat était déjà valide.» A la suite de l’arrestation en Allemagne, Interpol a publié une note sur son site pour rappeler que Watson n’est pas inscrit sur ses listes rouges, car la requête du Costa Rica ne correspond pas à ses critères légaux. Pour les membres de Sea Shepherd, cette histoire fleure bon le complot politique. Chaque année, l’ONG fait la chasse aux baleiniers japonais qui quadrillent l’océan Antarctique. La campagne de 2011 a réussi à faire battre en retraite la flotte japonaise avec seulement un dixième de son quota de prises. Alors que les chasseurs de baleines ont déposé plainte aux Etats-Unis contre le capitaine, un juge fédéral a tranché en faveur de Watson en février. «Et comme par hasard, le mandat costaricain refait surface», confie Lamya Essemlali, qui soupçonne une entente entre le Costa Rica et le Japon.

Ce séjour en prison ne risque pas d’impressionner celui qu’on appelle le «pirate» ou le «justicier des mers». En réalité, Watson est plus proche d’un corsaire qui aurait pour seul maître la vie marine. Tortues, baleines, requins, thons rouges… il défend toutes les espèces en voie de disparition. Suite à son départ de Greenpeace, qu’il a cofondée en 1971, il crée la Sea Shepherd Conservation Society et devient célèbre en 1979 après avoir éperonné le baleinier Sierra devant le port de Lisbonne. A lui seul, ce navire a tué illégalement 25 000 baleines. Depuis sa naissance, l’organisation au drapeau pirate aurait saboté et coulé 9 navires. Pour entrer dans l’ONG de Watson, les candidats ne doivent répondre qu’à une seule question : «Acceptez-vous de donner votre vie pour une baleine ?» Un oui valide l’embauche.

Assistance. Le natif de Toronto (Canada) est un fin connaisseur des médias, qu’il utilise pour sa cause. Sur la chaîne Animal Planet, la série Whale War met en scène les campagnes de Sea Shepherd contre les baleiniers japonais. Le reality-show montre un capitaine résolu, prêt à tout, y compris à abandonner des heures durant et par 0°C des militants dans des Zodiac, le temps de courser un baleinier. Au Canada, les chasseurs de phoques l’ont en horreur et, comme ils ont l’oreille du gouvernement, Watson est presque considéré comme un criminel. En 2008, lors d’une campagne contre la chasse, l’un des navires de Sea Shepherd, le Farley Mowat, a été saisi par le gouvernement canadien. Malgré cela, l’organisation est plus puissante d’année en année. Sea Shepherd ne fait pas que dans le spectaculaire : elle offre son assistance aux pays du monde entier pour faire respecter les lois nationales et internationales, mettre fin au braconnage dans les océans, patrouiller dans les sanctuaires marins…

Même arrêté, Watson continue le combat. Sea Shepherd a fait savoir qu’elle débutera sa nouvelle campagne de protection des requins en juin, dans le Pacifique Sud, avec Julie Andersen, fondatrice des Shark Savers et des Shark Angels, à sa tête. «Nous avons toutes les lois dont nous avons besoin pour protéger les requins, explique Julie Andersen. Il faut aider les pays à travers le monde pour les faire respecter. Utilisant les Galápagos comme modèle, nous irons là où l’on aura besoin de nous pour faire appliquer les lois en développant des stratégies et en formant les populations locales à défendre leurs requins.» Avec ou sans capitaine.

(1) «Capitaine Paul Watson, entretien avec un pirate». Editions Glénat, 22 €.

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