Qui était Forbin dont une frégate de la Marine porte le nom ?

Image : Marine Nationale

Le Forbin est une frégate de défense aérienne de la Marine Nationale, sistership du Chevalier Paul, nécessaire pour assurer la protection d’une force contre les menaces aériennes (aéronefs ou missiles) ou assurer le commandement et la coordination des opérations aériennes menées à partir de la mer.

Ce bâtiment est multifonction et a été conçu pour pouvoir lutter contre tout type de menace, même sous-marine, même électronique. Il mesure près de 153 mètres, 43 mètres de tirant d’air, 50 000 chevaux et peut atteindre les 30 nœuds. Il a été mis en service en 2010, ce qui fait de lui (dont la ville marraine est Bastia) un navire très récent.

Mais qui était Forbin, et pourquoi une frégate de la Marine Nationale porte son nom ?

La frégate de défense aérienne Forbin n’est pas le premier bâtiment à porter ce nom, mais le sixième.

En effet, avant lui existait un aviso, premier du même nom, en service de 1859 à 1884, et qui servit à partir de 1885 comme « École de chauffe » sous le nom de Fournaise.

Le deuxième du nom fut un croiseur, en service de 1885 à 1921.

Le troisième fut un patrouilleur auxiliaire ayant combattu sous le pavillon des Forces navales françaises libres, un ancien cargo construit en 1922, qui termina sa carrière militaire comme digue artificielle, coulé (volontairement) à Arromanches le 9 juin 1944.

Le quatrième fut un torpilleur, en service de 1930 à 1952.

Enfin, le cinquième était un escorteur d’escadre anti-aérien en service de 1958 à 1992 et servit un temps de brise-lames à Lanvéoc Poulmic.

[A lire : Qui décide des noms donnés aux bâtiments de la Marine Nationale ?]

Forbin, le rayonnement de la Marine française :

C’est en hommage à Claude de Forbin, qui fut chevalier puis Comte de Gardanne (située entre Marseille et Aix-en-Provence), que plusieurs bâtiments de la Marine Nationale portent le nom. Il est issu d’une illustre famille provençale de la noblesse française qui donna de nombreux officiers à la marine, et dont l’ancêtre est Palamède de Forbin, amiral du Levant en 1481.

Il vécu de 1656 à 1733. Contemporain de Duguay-Trouin et de Jean Bart, il fut l’un des plus grands marins de sa génération par sa vie rocambolesque et les nombreux succès à la mer dans les différentes chasses et interceptions avec l’ennemi.

Jugements de ses contemporains :

Ses Mémoires, publiées 3 ans avant son décès, ont été rédigés par son secrétaire. Au caractère exécrable, parfois usurpateur, mais illustre militaire, ses contemporains le jugeaient de la sorte :

Dans son Journal de voyage au Siam, l’abbé de Choisy (qui a accompagné Forbin à Siam) décrit Forbin :

« Je viens de jouer aux échecs contre le chevalier de Forbin. Il n’est pas bon joueur, puisque je lui donne une tour ; mais il est vif, une imagination de feu, cent desseins, enfin Provençal et Forbin. Il fera fortune ; ou s’il ne la fait pas, ce ne sera pas sa faute. Il est notre lieutenant, et sait tout le détail du vaisseau. Il a la clé de l’eau ; c’est une belle charge parmi nous. En un mot, c’est un fort joli garçon, qui a la mine de n’être pas longtemps lieutenant. »

On a dit de lui qu’il avait « la tête d’un général et la main d’un soldat« .

Eugène Sue, l’historien de la marine du XIXe siècle, fournit une description de son physique et de ses principaux traits de caractère hautain et méprisant :

« Au physique, M. de Forbin réunissait toutes les qualités qui distinguent l’homme de guerre ; il avait un fort grand air ; il était vif, nerveux, alerte ; sa taille souple et dégagée était élégante, et il avait singulièrement réussi dans tous les exercices d’académie ; son teint brun, ses sourcils prononcés, son œil noir fixe et hardi, sa lèvre haute et dédaigneuse cadraient merveilleusement bien avec la raideur et l’imperturbable audace de son caractère, qui loin de se modérer était plus entier que jamais ; à cette impatience naturelle, poussée jusqu’à l’exaspération par la moindre contrariété, s’était joint un sentiment incurable d’envie et de jalouse rivalité contre tous les marins de son temps, en un mot, l’orgueil le plus insultant et le plus effréné pouvait passer pour de la modestie auprès du suprême mépris que M. de Forbin témoignait aux autres officiers du corps de la marine. »

Cette description est reprise par Paul de Joriaud dans Jean Bart et la guerre de course sous Louis XIV (2008):

« Moqueur, impatient, colère, hautain, insupportable de morgue, il était avec cela d’une grande bravoure et fort bon marin. Sa suffisance était extrême, et il fallait tout l’éclat de ses services, en même temps qu’un esprit aimable et réel, pour lui faire pardonner les dédains qu’il affectait pour les plus grands hommes de son temps. »

À l’entendre :

« Tourville était timide, Coëtlogon fou, Châteaurenault stupide, Gabaret important, Langeron une caillette, Jean Bart un brutal, dont la grossièreté faisait tout le renom, et Duguay-Trouin un matelot insolent et ignare ; quant à lui, Forbin, il résumait l’essence de son merveilleux génie par ces mots : « Il n’y a que Turenne et Forbin qui aient eu carte blanche en France« , faisant allusion à l’assez grande latitude d’opérations qui lui fut donnée, mais dont il abusa étrangement […] lors de sa campagne de l’Adriatique. »

Biographie :

Le site Netmarine retrace son parcours méconnu du grand public :

Buste de Claude de Forbin-Gardanne par Louis Petitot

Il servit d’abord dans les galères avec son oncle, Louis de Forbin-Gardanne. Il participa ainsi à la campagne de Sicile et combattit au Stromboli et à Agosta (1676). Entré ensuite aux mousquetaires, il fit les campagnes de Franche-Comté et d’Artois (1676) et revint dans la marine comme enseigne de vaisseau en janvier 1677. Ayant tué en duel le chevalier de Gourdon, il fut condamné à mort par le Parlement d’Aix, obtint des lettres de rémission et réussit à rester dans la marine en usurpant l’identité de son frère.

Il fit campagne sur les côtes de Portugal en 1679, aux Antilles en 1680 et se distingua aux bombardements d’Alger de 1682 et 1683. Lieutenant de vaisseau en janvier 1684, il embarqua sur l’Oiseau dans la petite division envoyée au Siam. Il plut au roi de ce pays qui le nomma gouverneur de Bangkok, amiral de la flotte siamoise et généralissime.

Rentré en France en juillet 1688, il commanda la frégate les Jeux escortant un convoi en Manche avec Jean Bart sur la Railleuse lorsque le mai 1689, attaqués par des forces supérieures, ils se sacrifièrent pour sauver le convoi et furent faits prisonniers. Ils s’évadèrent au bout de 11 jours de captivité et regagnèrent la France en traversant la Manche dans un canot, regagnant Erquy après 3 jours de rame.

Promu capitaine de vaisseau juin 1689, il commanda le Neptune à Béveziers (1690). Après une campagne en mer du Nord en 1691, il commanda la Perle à Barfleur où il fut blessé et participa en 1693 à l’affaire de Lagos. Commandant le Marquis en 1695, il fit campagne en Méditerranée et à Constantinople puis participa en 1697 à la campagne de Catalogne et au siège de Barcelone. La guerre de succession d’Espagne lui donna de nouvelles occasions de s’illustrer. Commandant en 1702 une division de trois vaisseaux en Adriatique, il intercepta le commerce vénitien, bombarda Trieste, rançonna Fiume et passa ensuite au Levant pour chasser les corsaires de Flessingue (1703-1704). En juin 1706, il attaqua un convoi anglais et fit sept prises, le 12 juillet suivant il s’empara de deux vaisseaux hollandais. Le 28 octobre, lors d’un combat contre un convoi hollandais fortement escorté, il prit trois vaisseaux et coula un quatrième.

Chef d’escadre en mai 1707, commandant le Mars et une division, il remonta jusqu’en mer Blanche puis, le 21 octobre, participa avec Duguay-Trouin à la destruction presque totale d’un convoi anglais en route vers le Portugal, 60 navires furent pris sur 80 ainsi que 3 vaisseaux tandis que 2 autres étaient détruits. L’année suivante, on le chargea de conduire en Ecosse le prétendant Charles-Edouard Stuart qui voulait tenter de conquérir le trône d’Angleterre mais l’opération, mal préparée, échoua et Forbin cessa de naviguer.

Il quitta définitivement le service en janvier 1715 et mourut au château de Saint-Marcel près de Marseille le 4 mars 1733.

Source : Wikipédia, Netmarine et le Dictionnaire des marins français

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