On a tous croisé ce plaisancier qui hurle sur sa femme pendant une manœuvre d’amarrage

La scène est cocasse et pourtant si courante : un voilier d’une dizaine de mètres cherchant à s’amarrer sur une place de port ou sur une bouée, un couple à bord, l’homme à la barre, la femme à la proue tenant une gaffe des deux mains, tremblante de peur, prête à appliquer les ordres de son capitaine de mari qui se transforme en grotesque tyran sans patience pendant la manœuvre.

Manu, un plaisancier au long cours qui publie ses aventures sur son blog « Manu et Martin autour du monde » (Martin étant le nom de son navire) a publié une histoire de ponton racontée au second degré mais qui résume exactement les situations où les chefs de bord manquent de sang froid et communiquent leur stresse aux équipiers :

Le 19 avril 2018,

Une petite vadrouille en solo m’amène aux Saintes. Le petit bord de 80 milles environ depuis la Martinique est agréable, et même si des grains nous ont accompagné toute la nuit, les embruns à 27 degrés et les douches d’eau douce n’ont pas eu raison de ma bonne humeur, bien au contraire.
Ici le mouillage est protégé. On s’amarre aux bouées. L’endroit est touristique, mais pas désagréable, loin de là.

Une fois Martin en place, je regarde autour de moi, c’est l’heure des arrivées et les prises de corps mort se succèdent.

Cette manœuvre reste visiblement une manœuvre qui pose souvent problème.

Synthétiquement parlant, je vois la chose ainsi:

Version 1:

Raymond et Monique sur leur « Jeanneteau 42.SC Plus Max » arrivent aux Saintes. Il faut maintenant prendre une bouée d’amarrage.
Monique est à  l’avant, gaffe dans la main droite, amarre dans la main gauche.
Raymond, à la barre, essaie d’amener l’étrave de « Sahvapété » (le nom de leur bateau) sur la bouée. Mais, on le sait tous, depuis l’arrière, on ne voit rien.
Le vent est aussi de la partie, et un premier essai amène mollement ladite étrave à quelques mètres de la marque.
Deuxième essai. Monique guide Raymond en lui indiquant avec ses bras la direction à prendre.
Ray (pour les intimes) qui n’y comprend rien, fait systématiquement le contraire. C’est encore raté.

Le mouillage est bondé, il en va de la réputation du capitaine.

C’est parti, elle en prend pour son grade, en criant bien sûr, car il est important que tout le monde sache que le skipper n’est pour rien dans ce fichu cafouillage.
Monique, qui, comme beaucoup d’êtres humains du genre féminin, n’est pas envahie par la testostérone, a un ego normalement dimensionné, et surtout quelques neurones de  plus dans le cerveau. Elle ne répond donc pas.

Au troisième essai, le bateau est enfin amarré. Elle regagne l’intérieur, non sans confier au passage à Raymond qu’elle avait pensé à un endroit spécifique de son anatomie dans lequel il pourrait ranger ses bouées.

Raymond, que la douloureuse perspective a ému, court à l’avant se changer les idées en peaufinant l’amarrage.
Monique à l’intérieur cherche sur internet un billet d’avion retour simple et pas cher pour la métropole.

Version 2 :

Raymond et Monique sur « Touvabienabor », leur Jeanneteau 42.SC Plus Max, arrivent aux Saintes. Il faut maintenant prendre une bouée d’amarrage.

Ray a auparavant passé une amarre qui part de la jupe à l’arrière, passe par un côté et court à l’extérieur des filières jusqu’au davier d’où elle revient par les passavants jusqu’au cockpit, où il sera aisé de la tourner sur un winch.

Raymond  présente le bateau sur la bouée par l’arrière et un peu en travers du vent, celui-ci venant du même côté que celui où a été passée l’amarre.

La manœuvre est aisée, le barreur étant à l’arrière, il ne peut perdre la cible de vue. Monique, accroupie dans la jupe, reçoit la bouée dans les mains, passe le bout dans l’anneau, et confectionne un beau nœud de chaise. Son regard plein de confiance pour ce skipper si adroit et tellement calm, avoue une admiration sans borne.
Il suffit maintenant de wincher du cockpit pour ramener la bouée amarrée à l’avant, au davier, le plus haut possible si l’on veut passer d’autres amarres en boucles par exemple, pour pouvoir se libérer facilement au moment de partir.

« Belle manœuvre ! » confie Monique au capitaine de sa vie, qui lui fait amoureusement remarquer que la  »belle manœuvre » s’est faite à deux.

Alors, ils descendent à l’intérieur du bateau. On ne les reverra pas de tout l’après midi.

Personnellement j’ai choisi la version 2.

MANU

Manu écrit souvent sur ses escales et ses rencontres. Cette anecdote croustillante et toutes ses aventures sont à retrouver sur la page Facebook de Manu et Martin autour du Monde et sur le site internet géré par Michèle, la femme de Manu.

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1 Response to On a tous croisé ce plaisancier qui hurle sur sa femme pendant une manœuvre d’amarrage

  1. Moche dit :

    Et pourquoi pas monique à la barre, puisque Raymond a les muscles pour maintenir son canot, ç est un peu plus logique lors des,arrivées de port ou prise de bouée, Guillaume skipper d’ un bateau de 32 pieds.

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