Location de navires : et si on obligeait les loueurs à fournir une radio VHF ?

La communication en mer est la base de la sécurité, et les plaisanciers occasionnels et traditionnels ne s’en rendent compte que lorsqu’ils en ont besoin. Bien qu’elle soit vitale pour les urgences en mer, la radio VHF est également un outil indispensable de contrôle et de prévention pour les navires aux alentours, pour les ports, le CROSS, la navigation et pour les autorités maritimes.

Sauf que cet instrument, dont l’utilité n’est plus à prouver, n’est pas obligatoire par la loi, ce qui est un non-sens absolu, d’autant qu’il n’est plus nécessaire depuis 2011 d’être titulaire du CRR pour l’utiliser car il est inclus dans le permis côtier, en navigation de plaisance jusqu’à 6 milles d’un abri.

Le seul instrument de communication obligatoire à bord des navires est la VHF fixe pour les navires navigant au-delà de 6 milles depuis le 1er janvier 2017.

Si la VHF n’est pas obligatoire en navigation côtière, c’est parce-qu’on tolère l’usage du téléphone portable qui fait également office d’équipement de communication avec les ports ou avec le CROSS.

Mais avec les autres navires ? Avec les Affaires Maritimes, la Douane ou la Marine Nationale ?

Pourquoi la Division 240 impose d’avoir à bord les cartes marines de la région dans laquelle on navigue, mais pas la radio VHF qui est pratique, facile d’utilisation, avec laquelle la communication est bien plus rapide que par téléphone, et qui est plus précieuse qu’un téléphone qui peut ne pas capter en mer ?

La radio VHF Marine doit être considérée comme un instrument indispensable et singulier à bord des navires et surtout en navigation côtière, car c’est jusqu’à 6 milles où il y a peut-être le plus de dangers : roches et épaves couvrantes et découvrantes, obstructions, aquacultures, sondes positives, banc de sable, marées, et la majeur partie des plaisanciers et usagers de la mer.

Naviguer, avant d’être une activité de loisir, c’est d’abord (et depuis toujours) un métier, avec ses dialectes, ses codes, ses traditions, ses règles strictes. Avant qu’existe la radio, il y avait le morse, avant ça les feux et les pavillons. Quand on s’aventure en mer, que ce soit pour y travailler ou pour le plaisir, la conscience du danger doit être permanente, et l’humilité de rigueur.

Exemples :

  • On ne rentre pas dans un port sans y avoir été autorisé, encore moins sans s’être annoncé,
  • Si on ne veille pas sur le canal 16, on ne peut pas connaître les dangers qui nous entourent, ou ceux qui nécessitent notre assistance (PAN-PAN, Mayday, Securité)
  • En cas de besoin urgent d’entrer en communication avec un navire (peu importe la raison, que ce soit en raison d’une route de collision ou connaître ses intentions), le téléphone portable ne sert à rien,
  • Quand une autorité (un officier de port, un maître de port, un sémaphore, des pilotes portuaires ou hauturiers) a besoin d’entrer en communication avec un navire, le téléphone portable ne sert à rien.

Le droit maritime français (pour ne pas dire international) devrait établir par convention que la radio VHF Marine devienne obligatoire en mer, quelle que soit l’activité du navire, ce qui faciliterait les échanges entre tous, et garantirait la sécurité de la navigation.

La convention SOLAS (Safety Of Life At Sea), dite aussi Convention internationale pour la Sauvegarde de la vie humaine en mer, impose un service de veille permanente du canal 16 au poste de navigation habituel, et doit pouvoir en permanence émettre et recevoir des radiocommunications d’ordre général ou d’urgence (Convention SOLAS, article 221-IV/12 : Veilles).

Cette règle, pleine de bon sens, devrait s’appliquer à toutes les pratiques en mer, car peu importe le type de navigation, le type de navire, le type de marins à bord : si les règles de sécurité sont bonnes pour les uns, elles le sont aussi pour les autres.

Ceux qui en souffrent le plus sont les ports, la SNSM, le CROSS, les sémaphores et autorités de contrôle, et ceux qui en auraient le plus besoin, ce sont les loueurs occasionnels de bateaux.

Surnommés gentiment « les parisiens« , la majorité des loueurs de bateaux en saison estivale ne connaissent pas la mer, ou la connaissent très mal. Certains viennent à peine d’obtenir leur permis de navigation.

La gestion du trafic et la sécurité de la navigation seraient sans aucun doute améliorées si les sociétés loueuses de navires imposaient ou mettaient à disposition de leurs clients une VHF mobile qui leur permettrait :

  • en cas de détresse en mer, de diffuser l’information à tous les navires sur zone, plaisanciers ou professionnels, de converser avec le CROSS et avec les moyens de sauvetage nautique ou aérien en approche finale,
  • de prendre connaissance d’une demande d’assistance d’un autre navigateur, qui peut être très proche et de communiquer avec les autres bateaux (c’est le premier support de la solidarité des gens de mer),
  • de recevoir les bulletins météo à intervalle régulier et en particulier, les bulletins météo spéciaux élaborés par Météo France en cas d’aggravation de la situation. Ils sont diffusés par les CROSS sur tout le littoral sur le canal 16.

C’est la raison pour laquelle ces instruments sont incontournables, et que les sociétés loueuses de navires devraient être bien plus attentives à la sécurité de leurs clients qui sont moins habitués au péril maritime.

« Chaque été, nous faisons face à des situations parfois ubuesques où des plaisanciers qui ont loué un navire pour la journée entrent dans notre port sans demander s’il y a un quai disponible, nous ne savons pas pour quelle raison ils sont là, pour combien de temps ils souhaitent rester dans le port, leurs intentions exactes, comme-ci le port était un moulin libre d’accès, nous explique un directeur de port du département du Var. Comme ils n’entrent pas en communication avec nous, nous devons en permanence être attentifs au plan d’eau, au cas où un bateau se mettrait sur une place d’une personne qui est sortie à la journée. Nous essayons d’entrer en contact avec eux à la VHF en premier lieu, la majorité des cas sans réponse. Cela nous oblige à chaque fois à courir derrière eux, parfois à crier pour attirer leur attention, pour au final les éduquer sur le comportement à avoir dans un port et mer. C’est usant. »

Si les loueurs prenaient 10 minutes de leur temps pour (ré)expliquer aux clients l’usage de la VHF et sa fonction, la navigation sur le littoral serait bien plus sûre en saison estivale.

Cette sensibilisation des plaisanciers occasionnels doit être axée sur le fait que la mer n’est pas un loisir classique, et que les dangers sont permanents. La bonne communication est la clef d’une assistance réussie.

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